PAROLES D'EXPERT

« L'innovation : un défi ! » selon Clarksons Platou

Après 4 années marquées par une crise sans précédent du secteur de l’Oil & Gas, 2018 s’avère être une année pivot pour les prestataires de services maritimes comme pour leurs clients. Peut-on déjà parler de reprise ? Quelles sont les grandes tendances du marché ? Digitalisation, navire autonome, retour en opération des navires désarmés... Christian Brugård, Head of Offshore chez Clarksons Platou, un des leaders du courtage maritime et de banque d'investissement, nous livre sa vision du marché.

 

PartnerShip : Après la crise, le marché de l'Oil & Gas a repris pour les grands groupes pétroliers. Quels en ont été les signes ?

Christian Brugård
: Tout est lié au prix du baril qui a chuté à la fin de l’année 2014. Lorsqu’il a atteint les 30 dollars en 2016, les grandes compagnies pétrolières sont arrivées au point bas du marché. Depuis, les grandes sociétés vont mieux mais poursuivent leurs politiques agressives de réduction des coûts et des tarifs journaliers. On constate aujourd’hui une forte reprise, mais combien les grands groupes sont-ils prêts à investir dans les projets ? En 2017, 11 projets importants d’unités flottantes de production (FPU) ont été lancés. Cela a été un tournant pour le marché. En 2018, entre 12 et 15 projets sont attendus et, même si cela est extrêmement difficile à prévoir, on attend entre 16 et 19 projets majeurs en 2020. J’ajoute que plusieurs autres projets de plateformes pétrolières, de tailles inférieures et supérieures, ont été ou seront validés dans la même période selon notre analyse.

PS : Qu'en est-il des prestataires de services comme BOURBON ?

C. B. : Pour ces compagnies, le point bas a été atteint l'année dernière. Depuis, le marché progresse, notamment pour le secteur du forage. 2018 est une année pivot pour les prestataires qui renouent avec l'activité. Aujourd'hui, 60 % de la flotte de navires de service est opérationnelle, soit 5 % de plus qu'en début d'année, ce qui est plutôt bon signe. D'autre part, de nouvelles stratégies sont apparues, mais sans innovation majeure : les coûts sont systématiquement tirés vers le bas, mais avec des solutions plus efficaces, plus fiables, plus automatisées. C'est excellent pour les donneurs d'ordre ! De même, on observe que les sous-traitants s'allient pour proposer des solutions intégrées. On a vu récemment des compagnies faire des offres communes dans le développement de champs. De toutes manières, l’innovation est plus que jamais un défi pour les acteurs de ce marché.

L’innovation est plus que jamais un défi pour les acteurs de ce marché.
Christian BrugårdHEAD OF OFFSHORE chez Clarksons Platou

 

PS : Mais il reste encore beaucoup de navires désarmés...

C. B. : Aujourd'hui, l'activité des navires de support à l’offshore est repartie : entre janvier et juillet 2018, les taux d’utilisation ont atteint leur point bas et sont repartis à la hausse depuis. C'est un bon indicateur de la reprise du marché. Cependant, sur les 4 600 navires supply de la flotte mondiale, 1 200 sont encore désarmés, dont 600 ont plus de 15 ans : avec la reprise, il faudra ré-investir dans ces navires, mais cela sera-t-il vraiment intéressant sur les plus anciens d’entre eux ? Cela dépendra du type de navire, de la manière dont ils auront été entretenus, mais 15 ans est de manière générale une limite à ne pas dépasser. BOURBON, comme les autres prestataires de services, devra faire face à ce challenge, mais avec une trésorerie limitée. C'est un vrai défi.
 

PS : En cette période de crise, la digitalisation est au cœur des évolutions technologiques. Comment analysez-vous ce virage stratégique ?

C. B. : La digitalisation est un enjeu majeur. Elle est basée sur 3 grands axes : partager, collecter et analyser des informations et connecter les équipements et les personnes. Elle est déjà en partie en place, mais elle va se développer et se généraliser. Dans l'Oil & Gas, l'amélioration de la qualité des analyses va permettre d'optimiser les opérations des plateformes et des navires, de diminuer les risques financiers et opérationnels avec une approche plus analytique et éventuellement de diminuer les OPEX. BOURBON a d'ailleurs été l'un des pionniers dans ce domaine. La première étape de la digitalisation mènera sans doute à une meilleure analyse de risque des investissements et des opérations offshore : par exemple, une meilleure appréhension des coûts d'exploration et de production. De plus en plus de personnel sera transféré à terre, moins d'heures de travail à bord seront nécessaires, ce qui diminuera les OPEX. Cependant, de nouveaux investissements (CAPEX) seront requis, que ce soit pour équiper les nouveaux navires ou effectuer une mise à jour des équipements existants. 
 

La digitalisation est un enjeu majeur. Elle est basée sur 3 grands axes : partager, collecter et analyser des informations et connecter les équipements et les personnes.

PS : Un dernier mot sur les navires autonomes ?

C. B. : Ils vont évidemment arriver sur le marché, cela me semble incontournable. D'ici cinq ou dix ans apparaîtront les premiers navires autonomes conventionnels. Je pense que ce sera plus long dans l'Oil & Gas à cause de facteurs opérationnels plus complexes, mais je peux me tromper. Selon moi, la première étape consiste à connecter les navires pour diminuer l'équipage, c’est ce qu'est en train de faire BOURBON. L'industrie du forage, quant à elle, a déjà une partie du monitoring en place à terre.
 

 

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