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L'expertise du commandant, au coeur d'une opération de remorquage

Remorquer un jack-up sur plus de 500 milles nautiques, puis le positionner à seulement deux mètres d’une plateforme : ces opérations exigent une préparation rigoureuse, des équipages expérimentés et une coordination sans faille. En février 2026, Nikolay Vasilev, capitaine référent à bord du Bourbon Liberty 216, a participé à une opération particulièrement exigeante entre le Bénin et la Côte d’Ivoire. Il nous raconte les coulisses de cette mission et son métier. 
 

Nikolay, peux-tu nous présenter cette opération ? 

Nikolay Vasilev : Du 19 au 26 février 2026, nous avons participé au déplacement et au remorquage d’un jack-up entre le Bénin et la Côte d’Ivoire, au large d’Abidjan. 

Le transit représentait 506 milles nautiques, soit près de 940 kilomètres. Il a duré sept jours, à une vitesse moyenne de 3 nœuds, puis trois jours supplémentaires ont été nécessaires pour réaliser le positionnement final du jack-up à proximité de la plateforme de notre client. 

Avant même le début du remorquage, un autre navire BOURBON, le MPSV Bourbon Evolution 802, était intervenu pour nettoyer les fonds marins et préparer la zone de positionnement. 
 

Quels navires étaient mobilisés pour assurer le remorquage ? 

NV : Deux navires ont principalement assuré le transit. Le GH Atlantis était le remorqueur principal et le Bourbon Liberty 216, sur lequel j'étais embarqué, intervenait en assistance sur le côté tribord du jack-up. 

Notre rôle était de contribuer à maintenir le contrôle du jack-up pendant le transit et d'adapter notre position et notre action aux conditions rencontrées. Sur ce type d'opération, la coordination entre les navires est essentielle. 
 

Quels sont les principaux enjeux lors d’un remorquage de cette nature ? 

NV : La priorité absolue est la sécurité et la stabilité du jack-up pendant toute la durée du transit. Nous devons constamment surveiller les conditions de mer, la vitesse du convoi, la tension de la remorque et les mouvements du jack-up. 

La vitesse est adaptée en fonction des conditions et des consignes du Rig Move Master. Pendant cette opération, nous avons navigué en moyenne à 3 nœuds, avec une vitesse maximale de 4,5 nœuds. 

Il faut également être capable d’anticiper les évolutions de la situation. Une opération de remorquage ne consiste pas simplement à tracter un navire : il faut en permanence analyser ce qui se passe et adapter les actions de l’équipage. 
 

L’approche de la plateforme a-t-elle rendu l’opération plus complexe ? 

NV : Oui. À l’approche de la plateforme, les conditions étaient plus complexes en raison de forts courants dans la zone. Le positionnement final a donc nécessité la mobilisation de trois remorqueurs : le GH Atlantis en traction principale, le Bourbon Liberty 216 à l’arrière tribord et le VB Baobab côté bâbord. 

En fonction de la situation et de leurs capacités de traction, le Bourbon Liberty 216 et le VB Baobab ont dû échanger leur position à plusieurs reprises afin de conserver un contrôle optimal du jack-up. 
 

L’objectif était de positionner le jack-up à seulement deux mètres de la plateforme. Comment se prépare-t-on à une manœuvre aussi précise ? 

NV : Tout commence par la préparation. Avant l’opération, le Bourbon Liberty 216 a notamment été inspecté par le Rig Move Master et le Marine Warranty Surveyor. Nous avons préparé le matériel de remorquage et vérifié l’ensemble des équipements critiques, notamment les shark jaws et les towing pins. 

Chaque équipement doit être opérationnel et chaque membre de l’équipage doit connaître précisément son rôle. Dans ce type d'opération, il n'y a pas de place pour l'improvisation. 

La coordination est également essentielle. Le Rig Move Master et l’Offshore Installation Manager assurent d’abord la coordination côté jack-up. Pendant la phase de remorquage, la conduite des opérations est ensuite transférée au remorqueur leader, le GH Atlantis. 
 

Quel était précisément ton rôle en tant que capitaine référent ? 

NV : J’étais là pour apporter mon expérience au commandant et à l’équipage, notamment dans les phases les plus critiques. À bord du Bourbon Liberty 216, nous étions 14 membres d’équipage, avec des officiers de passerelle et des équipes de pont préparés spécifiquement pour ce type d’opération. Mon rôle consiste notamment à partager mon expérience, à anticiper les situations qui peuvent se présenter et à accompagner le commandant et l’équipage dans la prise de décision. 
 

Quelles compétences sont indispensables pour exercer ce métier ? 

NV : L’expérience est évidemment essentielle, mais elle ne suffit pas. Il faut être rigoureux, savoir analyser rapidement une situation et rester calme lorsque les conditions deviennent complexes. 

La communication est également fondamentale. Sur une opération comme celle-ci, plusieurs navires travaillent simultanément autour du jack-up. Chaque équipe doit connaître son rôle et comprendre les actions des autres. La coordination et la confiance entre les équipages sont donc essentielles. 
 

Et qu’est-ce qui est le plus exigeant dans ce type de mission ? 

NV : Le positionnement final est certainement l’une des phases les plus exigeantes. Lorsque le jack-up doit être positionné à seulement deux mètres d’une plateforme, la concentration doit être maximale. 

Les courants, les mouvements du jack-up et les actions des différents remorqueurs doivent être pris en compte en permanence. Il faut être capable d’adapter la manœuvre en temps réel tout en conservant une vision globale de la situation. 

C’est précisément dans ces moments que l’expérience collective fait la différence. Une bonne préparation permet d’anticiper, mais il faut également savoir s’adapter à la réalité des opérations. 
 

Quel bilan tires-tu de cette opération ? 

NV : L’opération s’est déroulée conformément aux attentes et nous avons reçu d’excellents retours du Rig Move Master et de l’OIM du client. 

Pour moi, elle illustre parfaitement ce qui fait la richesse du métier de capitaine dans le remorquage offshore : préparer, anticiper, coordonner et décider, tout en gardant la sécurité comme priorité.

Interview