19 Novembre 2020

Diplômée en génie mécanique, Marie Vanessa Victoire, d’origine mauricienne, est aujourd’hui cadet machine sur des navires supply. Pour OFFshore, elle s’exprime sur les multiples challenges qu’elle doit relever au quotidien dans un univers Oil&Gas majoritairement masculin. Interview.

OFFshore : Comment devient-on la première mauricienne mécanicienne navigante ?

Marie Vanessa Victoire : Pendant mes études en génie mécanique, j’ai eu la chance de faire mon stage industriel dans un chantier naval et de mettre en pratique ce que j’ai appris en classe. En visitant les différents navires, j’ai pu réaliser comment le métier de marin englobe l’ingénierie, la maintenance et le management. Etre marin demande aussi de la discipline, un sens des responsabilités et du devoir, lors des rondes notamment, la confiance en soi et en ses collègues... J’ai eu la chance d’être entourée par des gens qui m’ont inspirés : ma famille et mon compagnon, dont le soutien est ma force ; chez BOURBON, Ann Till, qui fut mon modèle de courage et, enfin, mon héroïne Victoria Drummond, première femme chef mécanicienne en Angleterre dont j’admire la détermination pour réussir.

A Maurice, il n’y a pas beaucoup d’offres de stage comme élève machine ou pont. J’ai commencé mon apprentissage à la Sapmer ou j’ai beaucoup appris. J’ai aussi participé pendant trois mois au suivi des travaux sur un pétrolier avant d’obtenir un stage chez BOURBON. Pour quelqu’un qui vient d’une petite ile comme Maurice, approcher de près une plateforme est quelque chose d’exceptionnel. Mon premier contrat comme élève machine sur le Bourbon Liberty 320 m’a amenée à connaitre les activités de l’AHTS et donc de voir de plus près ces incroyables structures pétrolières !

OFFshore : Qu’est-ce que cela représente pour vous de travailler à l’offshore, dans un environnement très largement masculin ?

M.V.V. : D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours travaillé dans des environnements où les hommes étaient majoritaires ! Au chantier naval, j’ai été la première femme à rejoindre le département technique et la seule femme de Maurice à être marin mécanicienne. Même si je suis habituée à travailler avec des hommes, il y a toujours une appréhension avant de rejoindre un navire. Mais une fois à bord, cela se passe plutôt bien. Le plus important c’est d’établir de bonnes bases relationnelles avec les autres marins et de se faire respecter. Il existe des lois qui protègent chaque marin contre tout type d’inégalité à bord. Ça aide aussi de savoir qu’il y a quelqu’un vers qui se tourner en cas de problème.

En tant que mécanicienne naviguant, je participe au bon fonctionnement de la propulsion et des auxiliaires du navire et des opérations et services délivrés aux clients (le bunkering et la livraison d’eau par exemple). Le bon fonctionnement des systèmes consiste aussi à ce que les lois maritimes soient respectées. Je me sens donc utile envers les autres et l’environnement.

OFFshore : Comment parvenez-vous à concilier vie familiale et vie professionnelle ?

M.V.V. : Tout est une question d’équilibre, de planning et de soutien de l’entourage. Je pense d’ailleurs que cela s’applique aussi à mes collègues hommes. Je sais ce que je veux, je me sens bien dans ma peau, je me donne les moyens d’allier vie de famille et vie professionnelle. L’éloignement me fait souvent passer à côté d’évènements familiaux mais c’est le prix à payer aussi pour pouvoir contribuer à une meilleure vie pour soi et pour les siens. Une fois en famille, j’essaie de passer un maximum de temps avec les miens.

OFFshore : Quel conseil donneriez-vous à une femme désirant devenir marin ?

M.V.V. : C’est un métier épanouissant et qui permet de tester ses limites. Comme je l’ai mentionné plus tôt, l’important est de savoir ce qu’on veut et d’être bien dans sa peau. Ce sera difficile par moments mais il ne faudra pas baisser les bras. Les femmes ont leur place dans le monde maritime.

Les coulisses de Bourbon